C& Édition Papier #8: Admire Kamudzengerere

Au croisement du dessin et de la performance

Représentant le Zimbabwe avec trois autres artistes à la 57e édition de la Biennale de Venise, Admire Kamudzengerere a investi le pavillon national avec des dessins et des performances. Il nous parle ici de l’importance de la danse dans la vie et du rôle de la performance pour traiter de problématiques graves

Admire Kamudzengerere and Rachel Monosov, Transcultural Protocol, performance, 50 min, 2017. Image courtesy of Catinca Tabacaru Gallery

By Will Furtado
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Contemporary And (C&) : Comment vous êtes-vous pris d’intérêt pour la performance ?

Admire Kamudzengerere: J’ai réalisé quelques performances il y a de cela plusieurs années, mais mon intérêt pour ce moyen d’expression n’a été ravivé que récemment, lorsque j’ai commencé à travailler
avec l’artiste israélienne Rachel Monosov. Elle venait de créer un travail d’une durée de trois heures, présenté au musée belge Dhondt- Dhaenens en janvier 2017, dans lequel elle avait intégré des danseurs et des comédiens. En mars 2017, nous avons décidé de réaliser un travail en collaboration lors de nos trois mois passés ensemble à New York.
Ce travail collaboratif traite de nos biographies et de nos backgrounds personnels. Nous étudions et explorons le genre et la culture dans le contexte de notre époque. En discutant de notre projet, nous avons très naturellement développé une performance, car ce médium se prête à l’immédiateté, la présence physique, la visibilité et la narration. On peut dire tellement de choses par le mouvement et l’interaction de corps.

C& Dans quelle mesure le dessin influence votre travail chorégraphique ?

AK: J’« écris » la chorégraphie d’une œuvre à l’aide de dessins. Cela m’aide à développer les idées et à prévoir l’arc narratif. Dans le travail exposé au pavillon du Zimbabwe à la Biennale de Venise, Transcultural Protocol, Rachel Monosov et moi-même avons puisé notre inspiration dans l’histoire de l’art. Les formes et les mouvements proviennent de peintures et de sculptures, de sorte que les dessins sont devenus une source d’inspiration du mouvement même.

Portrait de Admire Kamudzengerere et Rachel Monosov. © Marc Witmer. Image reproduite avec la permission de Catinca Tabacaru Gallery

C&: Comment abordez-vous certains sujets que vous avez la réputation de traiter, comme les relations père-fils, la masculinité et la féminité, ou la politique de l’identité ?

AK: Chaque geste que fait le corps produit un effet viscéral sur le spectateur. Chaque mouvement peut être interprété de différentes manières. Par exemple, si un corps lève un poing soudainement, ce geste risque d’être interprété comme masculin et violent par un spectateur. Ainsi, en composant ce mouvement, et en considérant ce qui vient avant et après, nous créons une narration qui, dans son intégralité, parle du genre et de nos attentes d’un corps féminin et d’un corps masculin.

Dans notre processus de travail, nous jouons la pièce nous-mêmes
et la filmons. Puis nous la visionnons, en observant l’effet produit
par les mouvements du corps masculin noir en association avec le corps féminin blanc. Nous sortons de nous-mêmes, regardant nos propres corps qui comportent des attributs physiques aussi évidents. Les mouvements qui fonctionnent, qui nous intéressent, nous les transmettons aux danseurs et nous continuons de développer l’œuvre à partir de ce prototype de départ.

C&: Pourquoi pensez-vous que la danse et la performance constituent de si bons vecteurs pour explorer ces thématiques ?

AK: La danse et la performance sont des langages d’émotions, d’immédiateté. Cela est très efficace dans la communication avec un public. Nous travaillons avec des danseurs parce que les capacités de leurs corps – leur force et leur endurance – se prêtent à des œuvres longues, physiques. Ce n’est pas pour leur capacité à bouger de façon fluide ou théâtrale. Ce n’est pas comme si l’on se rendait à un spectacle de danse classique. Nos performances sont faites de corps vivants dont on fait l’expérience, et parfois, certains spectateurs doivent sortir car la pièce est trop intense. Le ou la « danseuse » ne danse pas mais maîtrise son corps comme personne d’autre. De plus, il est très important de danser dans la vie : cela procure du bonheur, au-delà du rang social, du genre ou de la nationalité.

 

Interview par Will Furtado.

Traduit de l’anglais par Myriam Ochoa-Suel.

 

Cette interview a été publiée pour la première fois dans notre dernier édition papier #8. Lisez le édition complet ici.

 

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