Yilmaz Dziewior : à la recherche d’un public plus large au Musée Ludwig de Cologne

19 June 2019
Magazine C& Magazine
Words Magnus Elias Rosengarten
5 min de lecture
Depuis quelques mois, les musées, notamment aux Etats-Unis, ont commencé à réexaminer leurs collections sur la base de critères tels que le genre et la race. Selon une nouvelle étude sur plus de 40 000 œuvres d’art dans une douzaine d’établissements américains, 85 pour cent des artistes sont blancs et 87 pour cent sont des hommes. Cela a éveillé notre intérêt et nous nous sommes demandé quelle était la situation en Allemagne. Notre auteur Magnus Elias Rosengarten en a parlé avec Yilmaz Dziewior, directeur du musée Ludwig de Cologne, l’un des plus importants centres d’art contemporain du pays. Ils ont discuté du rôle d’un musée qui collectionne au 21ème siècle et des mesures à prendre pour changer les choses durablement.
<span lang="FR">Contemporary And :</span> <span lang="FR">Pouvez-vous nous retracer un processus d’acquisition type au musée Ludwig, comment se déroule-t-il généralement ?</span>
<span lang="FR">Yilmaz Dziewior :</span> <span lang="FR">Avant d’acquérir de nouvelles œuvres, nous examinons ce que nous avons déjà et ce qui manque à notre collection.</span> <span lang="FR">Notre public doit savoir qu’un musée raconte des histoires.</span> <span lang="FR">Il est important pour le public de savoir que c’est notre perspective, et que c’était aussi celle des anciens directeurs et conservateurs.</span> <span lang="FR">Et bien sûr, c’est une histoire ou une perspective très étroite.</span> <span lang="FR">Nous ne voulons pas pour autant la revendiquer comme étant l’histoire avec un grand « H ».</span> <span lang="EN">
</span>

</a> Installation view Collection Contemporary Art, Museum Ludwig, Cologne 2018. © of the artist. Photo: Rheinisches Bildarchiv Köln, Rico Burgmann; art works (f.l.t.r.): Lubaina Himid, Le Rodeur: The Cabin [Le Rodeur: Die Kajüte], 2017 / Lubaina Himid, Spread the Word [Verbreite die Nachricht], 2016 / Lubaina Himid, Negative Positives: The Guardian Archive [Negative Positive: Das Guardian Archiv], 2007–2015 / Lubaina Himid, The Source of the Tears Is long Run Dry [Die Quelle der Tränen ist lange versiegt], 2016</figure>C& :Quelles sont les autres mesures concrètes que prend votre établissement avant d’accroître sa collection ?
YD : Nous avons publié récemment un catalogue raisonné de notre collection qui recense environ 3500 œuvres et nous avons essayé d’y inclure le plus possible d’artistes et de formes d’art : peinture, installation, sculpture et film.Nous avons sélectionné 100 artistes et avons commandé un texte sur chacun d’entre eux. J’ai trouvé très important pour ma part que George Adéagbo et Ken Okiishi, par exemple, fassent l’objet d’un texte, car nous prenons toujours en considération l’origine ou le genre d’un artiste.
C& :Le musée Ludwig est surtout connu pour ses collections d’art nord-américain et de Picasso, mais que fait-il pour l’art local et pour les visiteurs ?
YD : Je pense que notre travail doit être spécifique de notre région. La Rhénanie est depuis longtemps une région très importante pour l’art contemporain. Nous possédons de nombreuses œuvres de Gerhard Richter, Rosemarie Trockel, Georg Herold ou Martin Kippenberger.
Après Berlin, Cologne est aussi la ville d’Allemagne avec la plus grande communauté turque, c’est pourquoi nous avons délibérément acquis des œuvres d’Ayşe Erkmen. Il y a trois ans, nous avons aussi acheté une installation composée de sept travaux sur papier par Nil Yalter qui peut actuellement être vue dans son exposition solo. Mais nous espérons aussi qu’un public qui n’avait jusqu’à présent aucune raison de venir au musée se sentira représenté.Nous menons une réflexion active sur ce que cela signifie d’être, d’un côté, un musée allemand, mais aussi, d’un autre côté, un musée local à Cologne.

Installation view Collection Contemporary Art, Museum Ludwig, Cologne 2018 © of the artist Photo: Rheinisches Bildarchiv Köln, Rico Burgmann; art work: Jimmy Durham, Building a Nation [Aufbau einer Nation], 2006 (Detail)C& : Quelles sont les stratégies possibles pour gérer la collection de manière productive ? YD : Pour notre 40ème anniversaire, nous avons invité le Thaïlandais Pratchaya Phinthong. Pendant deux jours, nous lui avons montré le musée, notre collection et lui avons raconté notre histoire. Peu avant la date prévue de son départ, il nous a interrogés sur les incidents du nouvel an 2015New Year's Eve 2015. Cette question est finalement devenue son projet. Nous avons organisé des réunions et des discussions avec des réfugiés dans leurs hébergements temporaires, ce qui a été très difficile compte-tenu de toutes les dynamiques de pouvoir en jeu. Pour Pratchaya, ces rencontres sont devenues la partie la plus importante de son travail. Il voulait comprendre par la conversation ce qui s’était passé ici. C& : Vous avez récemment créé un poste de chercheur en rapport avec votre collection pour mettre en valeur les récits manquants. Pouvez-vous nous en dire plus ? YD : Avec la fondation Terra pour les arts, nous avons mis en place un poste au musée pour nous aider à passer en revue l’art américain dans notre collection jusqu’aux années 1980. Notre chercheuse, Janice Mitchell, examine les œuvres dans des perspectives postcoloniales, queer et féministes, ce qui revient à étudier un grand nombre de blancs. Regardez Pollock par exemple, il est intéressant d’observer ses influences, ou comment contextualiser son œuvre au-delà du personnage de héros qu’en a fait Clement Greenberg. C& : Quelle vision du futur avez-vous pour le musée Ludwig ? YD : Je veux que le musée Ludwig soit un musée local, tout en se situant dans un contexte mondial pour un public mixte. Jusqu’à présent, nos visiteurs sont blancs et issus des classes moyennes. Je veux un public plus large et je veux faire sens pour ce public. Nous devons discuter de questions sociales, de politique et d’affaires courantes qui ne concernent pas une seule catégorie sociale en particulier. Yilmaz Dziewior est directeur du musée Ludwig de Cologne depuis février 2015. Il est né en 1964 à Bonn et a fait des études d’histoire de l’art et d’archéologie classique à Bonn et à Londres. Magnus Elias Rosengarten est un écrivain et artiste, actuellement basé à Los Angeles. Ce texte a été initialement publié dans la seconde édition spéciale de C& #Detroit et a été commandé dans le cadre du projet « Show me your Shelves », financé par et faisant partie de la campagne d’une année « Wunderbar Together » (« Deutschlandjahr USA »/The Year of German-American Friendship) du ministère fédéral des Affaires étrangères. Pour lire la version intégrale du magazine, c’est par là.
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