The Diasporic Library, Bruxelles

Pénétrez dans des bibliothèques et des collections de livres abritant certaines publications rares et souvent tombées dans l’oubli, qui restent néanmoins essentielles au discours des deux extrémités du champ de la pensée. À l’affiche aujourd’hui : The Diasporic Library en Bruxelles.
C’est au Beursschouwburg, centre d’art multidisciplinaire situé en plein cœur de la ville de Bruxelles que s’est tenue la première édition de la Diasporic Library. Une bibliothèque participative publique <span style="font-weight: 400;">et éphémère</span> qui accueille deux questions qui se répondent en écho: Que fait-on de tous les livres et productions glanées aux quatres coins du monde. Et à quoi ressemble la bibliothèque de nos rêves? Le temps d’un instant, l’espace d’exposition s’est transformé en un point de ralliement diasporique intergénérationnel pour suivre des déplacements géographiques, des positions sociales, et des identités culturelles et de genre entre plusieurs continents.
Derrière l’initiative, Isabelle N’diaye (curatrice et chercheuse indépendante), Sofia Dati ( programmatrice au Beursschouwburg), Joachim Ben Yakoub ( chercheur et membre de The Kitchen) et tout un mouvement de collectifs artistiques et d’éditeurs indépendants <span style="font-weight: 400;">de Bruxelles qui ont</span> répondu avec enthousiasme à l’invitation étendue du principe de mutualisation de collections précieuses. Comme dénominateur commun: l’envie de mettre à disposition des ressources issues de bibliothèques personnelles et de nourrir une réflexion pour questionner la normativité du monde de l’art, la récurrence des oppressions <span style="font-weight: 400;">raciales</span> systémiques et les trajectoires des luttes décoloniales tout en faisant entrer de nouveaux univers régénératifs et créatifs.
"Ici ce qui est important, c’est plus dans la valeur relationnelle et émotionnelle des publications, dans ce que les gens partagent autour. Ce n’est pas la quantité qui fait qu’on est complet, mais la capacité à créer des connections. Par exemple, le livre Festac 77 sur le festival des Arts Nègres, je l’aime, mais s’il y a que moi qui le lit, quel est l’intérêt?" (Isabelle N’diaye)

</a> Diasporic Library. Photo: Serine Mekoun</figure>
Un espace propice à des moments de discussion pour redéfinir le concept même de la Diaspora et repousser les limites des tracés et classifications binaires des constructions discursives <span style="font-weight: 400;">auxquelles</span> il renvoie <span style="font-weight: 400;">(e.i. les diasporas africaines)</span><span style="font-weight: 400;"> pour </span><span style="font-weight: 400;">s'étendre</span> laisser place aux trajectoires très diverses liées au “Sud Global” (avec par exemple des contributeurices du Brésil, Afrique du Sud, Vénézuela, Palestine,…) et aux communautés dites “autochtones” (ex. Les Samis en Finlande).
Son inventaire en construction compte déjà <span style="font-weight: 400;">environ</span> 120 publications et rassemble une polyphonie de langues qui reflètent la diversité <span style="font-weight: 400;">linguistique</span> des cultures diasporiques en allant du poétique au subversif avec : des travaux d’étudiants en art, des scripts de fiction partagés en exclusivité, des bandes dessinées, magazines photographiques, archives de journaux, ou encore des affiches politiques. Une sélection d’ouvrages basée sur la valeur affective, sur des envies de lecture et des manières diverses d’approcher une thématique qui ne répond pas à des impératifs d’exhaustivité liés à un répertoire académique.
"Une bibliothèque de la diaspora c’est une bibliothèque qui ne sera jamais complète car le fragment fait partie de nous. Le concept de diaspora est attaché à l’idée d’histoires dispersées, de l’incomplétude. Il nous faut donc des lieux où l’on se recentre. On nous indique souvent qu’on n’est pas assez, qu’on est manqué. La bibliothèque est l’exemple inverse, elle nous montre qu’on a un patrimoine artistique débordant à préserver et que la dispersion n’est pas synonyme de pauvreté." (Isabelle N’diaye)
En optant pour une consultation des ouvrages sur place dans son salon de lecture et autour de sa table de conversation, elle permet à d'autres savoirs de circuler librement.
Sa version future aussi imprévisible qu’attendue, continuera à se matérialiser en itinérance et en renfort d’initiatives déjà existantes à l’international, puisqu’elle vise avant tout à rassembler un réseau d’individu.es qui veulent l’enrichir de leurs trajectoires particulières dans un tout-monde en perpétuel mouvement. Les livres de la sélection <span style="font-weight: 400;">sont</span> consultables auprès des collectifs respectifs en attendant la prochaine édition.

</a> Zinotheque Fatsabbats. Photo: Serine Mekoun</figure>
LA SELECTION:
1. La zinothèque du collectif queer afro-féministe Fatsabbats
Fatsabbats un collectif pour les femmes POC, la communauté QUEER et ses allié(e)s, offre une ouverture aussi unique que sensible sur le monde des fanzines. <span style="font-weight: 400;">La zinothèque représente</span> l’intersectionalité du collectif dans la somme des expériences <span style="font-weight: 400;">qu’elle rassemble et permet</span> une plongée dans l’intime des chemins de vie des membres du collectif. <span style="font-weight: 400;">Elle se</span> focalise sur des auteurices racisées queer ainsi que des thématiques absentes dans les bibliothèques publiques comme : les familles choisies, le neuroatypisme, l’afrovéganisme, les corps métisses et créoles, les identités afrotrans ou encore des outils réflexifs de conversation et de partage de vécus. En collaboration avec des bibliothèques alliées partenaires autogérées féministes et queer , elle comprend également des productions accessibles à un public plus précarisé avec certains des fanzines disponibles gratuitement en ligne ou via une modeste contribution.
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2. Les productions hors Instagram de Notre. dit
Une jeune maison d’édition indépendante qui veut répondre aux limites du partage des productions artistiques à l’ère d’Instagram en mettant sur papier des traces de <span style="font-weight: 400;">connexions</span> et moments de rencontre du quotidien qui vont au-delà des réseaux sociaux. Notre.dit accorde un point particulier au processus de création collectif et à casser les barrières élitistes et classistes du monde de l’art notamment en laissant un espace de réappropriation par le coloriage, le découpage, et toute forme permettant d’y insérer sa vision du monde. Les deux premiers numéros du collectif prennent la forme d’un journal coloriable, résultat de la rencontre entre le chef Freddy’s Kitchen qui partage sa recette de Bao à l’hibiscus et bananes plantains et le photographe Alpha Medy , dont les photos sont également présentées dans une revue qui montre une première reconnection avec le continent africain au travers d’images prises lors d’un mariage à Bamako.

</a> BD Lab 619. Photo: Serine Mekoun</figure>
3. La collection BD et arts graphiques de la Grange Point
La collection de bandes dessinées pour adultes du collectif de scénaristes et d’illustrateurs tunisiens indépendants Lab 619 illustre au travers d’une dizaine de numéros des sujets comme la migration, l’identité, le futur ou encore le climat politique tunisien. Edités en 2016, les 10 numéros en édition limitée sont abrités par la plateforme la Grange Point qui célèbre la culture arabe à Bruxelles, dans le monde arabe et au-delà (un espace multilingue qui va du Maroc jusqu’à l’Irak en passant par ses diasporas dans le monde). Elle s’est attelée à faire venir des ouvrages de BD et arts graphiques de Tunisie encore rares et difficile d’accès. Les ouvrages sont bilingues français/arabes en option de lecture retournée.

</a> Vinyl Ahl El hijra. Photo: Serine Mekoun</figure>
4. L’archive musicale et souterraine de The Kitchen
Un exemplaire rare des productions musicales d’Ahl El hijra , groupe de musique d'immigrants marocains à Bruxelles actif du milieu des années 70 au début des années 80. Au travers de percussions et d’une mise à l’honneur des langages populaires, le groupe s'est engagé auprès des communautés maghrébines pour témoigner des conditions de vie des communautés migrantes nord-africaines en Belgique. Le vinyle a été glané par l’un des membres de The Kitchen, un tiers-lieu artistique accueillant des recherches et rencontres souterraines autour des<span style="font-weight: 400;"> histoires anti-coloniales</span>. Ils portent entre <span style="font-weight: 400;">autres</span> un intérêt aux différentes formes de documentation des <span style="font-weight: 400;">réalités sociales diasporiques</span> au travers de l’histoire Belge et de leurs productions culturelles.
Serine Ahefa Mekoun est une journaliste littéraire belgo-togo-béninoise basée à Bruxelles. À la croisée des générations Y et Z, elle s’intéresse aux espaces de reconnexion dans le va-et-vient incessant entre culture populaire et culture savante, entre Europe et Afrique, et à tous les espaces de germination des futurs.
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