Cinquante ans après Things Fall Apart, tout s’emboîte

Obidike Okafor fait la critique pour C& d’une exposition célébrant une adaptation filmique de 1970 de deux romans de Chinua Achebe.
Le lieu d’exposition est un espace public bien connu de Lagos : Tinubu Square, dont la forme ovale va à l’encontre de ce que son nom suggère. Soixante-quatorze photographies en grand format imprimées sur de la bâche sont accrochées aux hautes grilles de la place, conférant à l’espace une allure de séquence de film grandeur nature. Ses abords animés en font l’endroit idéal pour attirer l’attention du public, le surprendre avec l’histoire, lui faire découvrir de nouvelles informations et lui montrer des clichés de toute beauté.

</a> Installation View of 50 years of Things Fall Apart (1971) – »Film Stills by Stephen Goldblatt« from 24 Jul 2021 - 04 Sep 2021 at Tinubu Square, Lagos. Photo: Ebunoluwa Akinbo.</figure>
Les images présentées dans le cadre du LagosPhoto Festival sont des photographies de plateau et de production extraites d’un film datant de 1970 intitulé Things Fall Apart. Elles ont été prises par le photographe sud-africain Stephen Goldblatt. L’exposition a été conçue par le commissaire d’exposition vivant à Berlin, Akinbode Akinbiyi, et Gisela Kayser. Alors que Goldblatt s’est sans doute contenté de faire son travail de photographe de plateau pour Things Fall Apart, les images qu’il a créées constituent désormais une précieuse source de documentation sur l’histoire de l’industrie cinématographique nigériane – sur laquelle repose l’industrie d’aujourd’hui.
À titre d’exemple, une image montre le réalisateur du film, Hans Jürgen Pohland, aux côtés des producteurs exécutifs Francis Oladele et Wolf Schmidt et de l’auteur Chinua Achebe. Elle illustre la collaboration entre le domaine de la littérature nigériane et l’expertise de l’étranger ; Things Fall Apart a été le premier film a être entièrement réalisé au Nigeria, grâce à la contribution de Nigérians, d’Allemands et d’Américains.

</a> Stephen Goldblatt</figure>
« Nous avons essayé de sélectionner les meilleures prises afin d’illustrer les aspects les plus intéressants du film », a expliqué Akinbiyi. « Les images offrent une vision du passé qui permettra aux générations futures de s’en faire une idée. Elles parlent de cinéma, de l’histoire de la période coloniale et de l’histoire du regard. On peut voir que c’est un appareil photo Kodak qui a été utilisé pour le film, et les gens font le lien avec Kodak et son rôle dans la photographie moderne et les films. Les images montrent aussi l’importance du storytelling, de la narration d’histoires. »
Bien que Things Fall Apart date de 1970, il n’avait encore jamais été montré au Nigeria avant cette année, dans le cadre du Festival of Forgotten Films (festival des films oubliés), à l’initiative du Modern Art Film Archive. Une copie du film a été découverte par la Deutsche Kinemathek dans les archives de Pohland à Berlin lorsqu’il est décédé en 2014, ainsi que du matériel en lien avec la production.
Bien que différentes rumeurs circulent sur les raisons pour lesquelles le film n’a jamais été montré au Nigeria, Mareike Palmeira confirme que les producteurs n’avaient pas été capables de trouver une société de distribution aux États-Unis, et que c’est ce qui fut à l’origine de la création de la première société de distribution de films de perspectives noires dans le pays. La première du film a eu lieu à Atlanta en 1974 et il a aussi été projeté en Allemagne à plusieurs reprises.

</a> Installation View of 50 years of Things Fall Apart (1971) – »Film Stills by Stephen Goldblatt« from 24 Jul 2021 - 04 Sep 2021 at Tinubu Square, Lagos. Photo: Obidike Okafor</figure>
Les stars du film Orlando Martins – première start internationale du cinéma nigérian dans son dernier rôle – en Obierika, et l’acteur gambien-sénégalais né à Dakar Johnny Sekka (Obi Okonkwo), ainsi que l’Ougandaise Elizabeth of Toro (Clara Okeke) tenaient les rôles principaux. Le film associe des éléments de deux romans classiques de Chinua Achebe : Things Fall Apart(1958) – Tout s’effondre (2013 pour la traduction française) – et No Longer at Ease (1960) – Le Malaise (1974 pour la traduction française).
L’avocat hollywoodien Edward Mosk avait acheté les droits d’adaptation cinématographiques de Things Fall Apart d’Achebe et le scénario du film avait été écrit par sa femme, Fern Mosk. Il avait ensuite pris contact avec Francis Oladele, qui avait créé la première société de production cinématographique locale du Nigeria, Calpenny Nigeria Films Limited, en 1965, et adapté la pièce Kongi’s Harvest de Wole Soyinka en 1970. Oladele et Wolf Schmidt sont alors devenus les producteurs exécutifs du film et ont fait appel à Hans Jürgen Pohland pour le réaliser. Kongi’s Harvest et Things Fall Apart ont sans doute fait office de rampe de lancement à l’industrie cinématographique nigériane, Nollywood.
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Installation View of 50 years of Things Fall Apart (1971) – »Film Stills by Stephen Goldblatt« from 24 Jul 2021 - 04 Sep 2021 at Tinubu Square, Lagos. Photo: Ebunoluwa Akinbo. Pour un cinéaste, ces images retracent comment les films nigérians ont obtenu une première reconnaissance internationale grâce à une collaboration, et pourraient constituer un bon terrain pour initier des conversations autour de la création de nouvelles relations sur la base d’anciens liens afin de collaborer avec des maisons de production de films dans des pays comme l’Allemagne et les États-Unis. L’exposition en extérieur s’est terminée le 4 septembre mais l’exposition virtuelle se poursuit jusqu’en décembre 2021 sur www.modernartfilmarchiv.de.Basé à Lagos, Obidike Okafor est consultant en contenus, journaliste culturel indépendant et réalisateur de films documentaires.
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