What is Urgent to You?

03 April 2016
Magazine C& Magazine
8 min de lecture
Morija, ville de l’ouest du Lesotho, est le lieu où se déroule régulièrement une série de dialogues sur l’art et la culture organisée par Lerato Bereng, commissaire d’exposition basée à Johannesburg.
Magnus Rosengarten : en quoi consiste l’intérêt de « Conversations à Morija »?
Lerato Bereng : au départ, « Conversations à Morija » visait à créer une plateforme permettant d’entrer en contact avec la communauté créative du Lesotho. Le premier de ces entretiens avait pour but principal d’ouvrir un dialogue entre le Morija Museum & Archives, les visiteurs du Morija Arts and Culture Festival, et la diaspora du pays. Du fait du phénomène dit de « fuite des cerveaux » affectant tout le pays, il semblait pertinent d’aborder la question de la diaspora pour comprendre les raisons poussant un pourcentage aussi élevé de la population à agir hors du pays. Cela a également permis d’explorer d’autres possibilités d’échanges plus fluides entre ce qui se passait à l’intérieur et à l’extérieur des frontières.

</a> Conversations at Morija #2, 2015. Photo: Meri Hyöky</figure>
MR: vous êtes également partie à la rencontre d’un public qui n’est pas nécessairement celui qui s’intéresse en priorité à l’art.
LB : en travaillant à la conception du projet, je savais qu’une exposition statique ne fonctionnerait pas et ce qui m’importait, c’était que les gens s’expriment. J’ai donc inventé un ensemble de dispositions simples : des modes d’emploi accrochés au mur invitant les gens à entrer dans l’espace, à aller chercher une boisson, s’asseoir devant un écran d’ordinateur et, soit à lire une fiche suggérant des questions susceptibles d’engager une conversation, soit, pour ceux ayant plus d’assurance, à poser directement leur propre question à l’un des interlocuteurs. Je savais que je ne voulais pas d’un format du type table ronde sur Skype où je serais l’interviewer dirigeant l’entretien. Je voulais que les gens s’impliquent eux-mêmes. J’ai mis en place quelques ordinateurs avec leur propre adresse Skype dans la même pièce et je les ai tous rassemblés en un groupe de discussion. Je voulais que les gens aient l’impression de parler en tête-à-tête avec l’interlocuteur à l’autre bout.

</a> Conversations at Morija #1, 2013. Photo: Meri Hyöky</figure>
MR : le dialogue, la conversation et l’idée de la mise en récit - le storytelling- semblent être des éléments cruciaux de « Conversations at Morija ». Qui raconte les histoires ? Et de quel genre d’histoires s’agit-il ?
LB : dans les secondes « Conversations à Morija » (2015), la mise en récit constituait le point de départ, ce parce que j’avais demandé au Musée Morija et à l’équipe du festival quel bénéfice ils tireraient de discussions. J’ai pris conscience du fait que, après la première manifestation, il serait nécessaire d’arriver à une implication plus directe de la communauté locale, et de montrer ce qui se passe au niveau local en relation avec les présentations d’artistes venant d’autres pays. Les histoires racontées ont été celles inventées par des artistes de Morija et de Maseru. Les artistes étrangers invités à participer au projet ont partagé des histoires parlant d’histoires et de la mise en récit : vidéos, archives photographiques, et comment raconter une histoire avec très peu de moyens.

</a> Conversations at Morija #2, 2015. Photo: Meri Hyöky</figure>
MR : comment voyez-vous les « Conversations » dans cinq ou dix ans?
LB : ce que j’espère, c’est que dans cinq à dix ans, « Conversations à Morija » sera devenu seulement l’un des évènements de ce type au Lesotho parmi une myriade d’autres. Il devient de plus en plus important pour les « Conversations » de trouver leur place, où qu’elle soit ; il faudrait aussi que toute personne impliquée prenne possession du projet. Peut-être que dans quelques années nous envisagerons le travail avec des curateurs invités, reliant Morija non seulement à l’Afrique du Sud mais aussi au reste du monde.
.
Magnus Rosengarten est réalisateur de films, écrivain et journaliste venant d'Allemagne. Il vit à New York où il fait son Master en études performatives à la NYU.
Plus d'articles de

Maktaba Room: Annotations on Art, Design, and Diasporic Knowledge

Irmandade Vilanismo: Bringing Poetry of the Periphery into the Bienal

Esperanza de León: Curating Through Community Knowledge
Plus d'articles de

Irmandade Vilanismo: Bringing Poetry of the Periphery into the Bienal

I Am Monumental: The Power of African Roots

