C& Édition Papier #8: Jean David Nkot

L’art comme lieu de mémoire

Jean David Nkot’s work examines the human condition and its place in a dehumanizing period. Here the artist tells Dagara Dakin more about the two works he exhibited at the SUD triennial

Jean David Nkot , www.kolofata.it (Detail), 120x120cm, mixed media, 2015. Courtesy the artist

By Dagara Dakin
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Dagara Dakin: Qu’est-ce qui, selon vous, est à l’origine de votre vocation d’artiste ?

Jean David Nkot: Comme on dit, ce n’est pas nous qui choisissons de faire de l’art mais c’est l’art qui nous choisit. Les choses se sont faites tout naturellement et c’est par pure passion que j’ai embrassé cette activité. Cela a été d’une grande aide dans ma vie, qui n’a pas été du tout facile dans mon enfance. La pratique artistique me procure liberté, plaisir et surtout la richesse spirituelle. Je pense que ma vocation d’artiste est le résultat de plusieurs frustrations dans
le cercle familial, à savoir l’absence d’expression, la violence, les incompréhensions. Tout cela m’a poussé vers ce métier qui m’a permis d’extérioriser des choses que j’avais dans mon cœur. Mais il y a aussi les rencontres avec d’autres artistes qui avaient presque les mêmes préoccupations.

DD: Était-ce votre première participation à la Triennale SUD, et en quoi cet événement se distingue-t-il des autres biennales auxquelles vous avez pu participer et qui se déroulent sur le continent ?

JDN: Je dirais que c’était ma première participation officielle. Celle-
ci mise à part, j’ai exposé lors de la 3e édition, sur le thème de la métamorphose, mais en off avec l’artiste Salifou Lindou, avec qui j’avais fait un stage académique dans le cadre de ma licence en arts plastiques, option dessin et peinture. Mais cette année, c’était la première fois que j’étais présent dans la sélection officielle. J’ai soumis un projet au jury qui l’a trouvé intéressant. Cela fait quatre ans que je suis un artiste professionnel, mais cela fait dix-sept ans que je suis dans ce milieu, et c’était ma première sélection à un événement de cette envergure. J’ai pu prendre part à des discussions, des échanges avec d’autres artistes sélectionnés. J’ai également assisté aux conférences qui ont été organisées lors de la préparation de cette triennale et, avant cela, j’avais participé à la Biennale de Dak’Art, mais toujours dans le cadre du off.

Jean David Nkot, NY.10163-4653, 200x160cm, technique mixte, 2016. Courtesy the artist.

DD: Quel projet avez-vous présenté l’année dernière à la Triennale SUD ?

JDN: J’ai proposé une œuvre publique que j’ai appelée Les Dits Et Les Non-Dits, qui est divisée en deux parties : la première est une mise en espace d’une fausse façade réalisée sur du métal et qui mesure 8,50 m de long sur 2 m de large. Elle symbolisait un lieu de mémoire qui n’est autre que la façade de la maison familiale du nationaliste Ruben Um Nyobé, une figure importante dans la lutte d’indépendance du Cameroun. Aujourd’hui, l’histoire et les actions menées pendant cette période sont souvent méconnues. Sur cette façade, nous avons pu lire le discours qu’il a prononcé le 17 décembre 1952 à l’ONU. La particularité de ce travail réside dans la mise en avant des fragments de ce discours qui parle de la place de l’humain, thématique de la Triennale. La seconde partie, quant à elle, était un journal que j’ai intitulé
Les Archives Du Cameroun, inspiré par l’émission Les Archives d’Afrique d’Alain Foka, qui traite de l’histoire contemporaine d’Afrique à travers ses grand hommes. La différence, c’est que les archives d’Alain Foka sont sonores, contrairement aux miennes qui sont écrites. C’était un moyen pour moi d’aborder la problématique des archives dans mon pays et de leur accessibilité. L’une des questions que je me suis posée est de savoir s’il ne serait pas nécessaire, et utile, d’avoir un journal dédié à la mémoire du Cameroun, qui mette en exergue son histoire à travers ses grands hommes. Je trouve qu’il y a tellement de choses que nous ignorons sur notre pays et qu’il y a trop de flou au sujet de l’histoire de la période pré-indépendance. À mon avis, cela pourrait être un moyen de rendre hommage à ces grands hommes qui ont fait de notre pays ce qu’il est.

En somme, c’était un projet qui nous interroge sur la nécessité de la réhabilitation de la mémoire des hommes, des lieux de mémoire.

DD: Avant votre participation à la Triennale, la question des droits humains faisait-elle partie intégrante de votre réflexion ou de votre approche artistique ?

JDN: Oui, car mon travail portant sur la question de la violence et
de la normalité de celle-ci à notre époque me pousse à m’interroger sur la condition de l’homme et la place de celui-ci dans une période déshumanisante où l’homme est vu comme un élément important lorsqu’il est synonyme de gain financier, et où le capital importe plus que le social.
Toute ma démarche artistique porte sur la condition humaine et la place que celle-ci occupe aujourd’hui. Ma volonté est de dénoncer
les rivalités et les controverses modernes, qu’elles soient d’origine politique, religieuse ou culturelle. Je souhaite inviter à une prise de conscience vitale et à l’émancipation du monde de telles pratiques déshumanisantes.

 

Dagara Dakin est un écrivain indépendant et conservateur basé à Paris.

 

Cette interview a été publiée pour la première fois dans notre dernier édition papier #8. Lisez le édition complet ici.

 

 

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