Débat sur l'art pillé

L’Allemagne révèle Premiers grand axes relatifs au traitement des biens de collection issus de contextes coloniaux

Après le rapport important sur la nécessité de restituer le patrimoine culturel africain des musées français rédigé par Bénédicte Savoy et Felwine Sarr, la ministre adjointe auprès de la chancelière fédérale et déléguée du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias, la ministre adjointe chargée de la Politique culturelle internationale au ministère fédéral des Affaires étrangères, des ministres de la Culture des Länder et des associations communales ont livré leur propre rapport sur la manière de traiter les collections d’objets d’art pillés. Lisez ici le préambule et un court extrait des champs d’action et des objectifs décidés le 13 mars 2019.

Unvergleichlich: Kunst aus Afrika im Bode-Museum (Beyond Compare: Art from Africa in the Bode-Museum), Installation view © Staatliche Museen zu Berlin / David von Becker

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» Nous, la Ministre adjointe auprès de la Chancelière fédérale et Déléguée du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médiac, la Minöstre adjointe chargée de la politique culturelle internationale au ministère fédéral des Affaires étrangères, les Ministres de la Culture des Länder et les associations communales, assumons la responsabilité historique écoulant du colonialisme allemand, ainsi que la responsabilité résultant des actes marqués par la pensée coloniale. Nous n’avons pas le droit d’oublier l’injustice commise à l’époque du colonialisme ni ses répercussions qui, en partie, se font ressentir jusqu’à aujourd’hui.

Le travail de mémoire de l’histoire coloniale allemande, en tant que composante intégrante de notre culture mémorielle sociétale commune, fait partie du consensus démocratique de base en Allemagne et est une tâche qui incombe à tous les domaines de la société, y compris – au-delà de la politique – à la culture, l’éducation, la science et la société civile. Ce constat nous met face à de grands défis historiques, éthiques et politiques. Le traitement juste, crédible et sensible de cette thématique constitue une mission relevant de la société entière. Elle doit reposer sur le dialogue partenarial, l’entente et la réconciliation avec les sociétés victimes du colonialisme.

Nous sommes d’avis que toutes les personnes devraient avoir la possibilité, dans leurs pays et leurs sociétés d’origine, de contempler leur riche patrimoine culturel matériel de s’y intéresser et de le transmettre aux générations futures. L’Allemagne reconnaît l’importance des biens culturels pour l’identité culturelle des pays d’origine et des sociétés civiles concernées. C’est une des raisons pour lesquelles en 2007, elle a ratifié et mis en œuvre la Convention de l’UNESCO de 1970 sur la protection des biens culturels.

Nous voulons traiter de manère responsable les biens de collection issus de contextes coloniaux, en échangeant étroitement avec les pays d’origine et les sociétés d’origine concernées. Ce faisant, nous voulons créer les conditions permettant la restitution de restes humains et de biens culturels issus de contextes coloniaux, dont l’acquisition s’est faite d’une manière qui n’est aujourd’hui plus défendable d’un point de vue légal et/ou éthique. Nous effectuerons des procédures de restitution en coopeération avec les institutions concernées et avec l’urgence et la sensibilité qui s’imposent.

Les biens de collection issus de contextes coloniaux ne proviennent pas uniquement d’anciennes colonies allemandes, mais aussi d’autres régions du monde. Le colonialisme européen, en s’appropriant des biens culturels par la force, a privé de nombreuses sociétés concernées de leurs biens culturels qui avaient faconné leur histoire et leur identité culturelle. Les biens culturels retracent des liens d’une importance fondamentale pour la perception identitaire culturelle de la société dont ils proviennent.

Nous reconnaissons la nécessité d’aiguiser et de renforcer la prise de conscience et la connaissance de l’histoire coloniale et de ses répercussions jusqu’à nos jours. Ce faisant, toutes les institutions qui détiennent des biens de collection issus de contextes coloniaux ont un rôle important à jouer.

La Ministre adjointe auprès de la Chancelière fédérale et Déléguée du gouvernement fédéral à la Culture et aux Médias, la Ministre adjointe chargée de la politique culturelle internationale au ministère fédéral des Affaires étrangères, les Ministres de la Culture des Länder et les associations communales perçoivent le travail de mémoire sur les biens de collection issus de contextes coloniaux comme une problématique nettement distincte du travail de mémoire sur les biens culturels confisqués par les nazis. Ce travail de mémoire n’amoindrira pas les efforts et les mesures visant à mettre en lumière les injustices causées par le régime nazi. La Shoah est un èvénement sans précédent et incomparable.

Nous nous engageons pour le dialogue et la transparence. Nous considérons que l’implication de personnes provenant de pays et de sociétés d’origine de territoires anciennement colonisés est une condition préalable pour venir à bout des monopoles d’interprétation traditionnels et d’une perspective eurocentrique, et pour parvenir à un échange partenarial. Cela inclut également les personnes provenant des pays d’origine et des sociétés d’origine concernées et qui vivent aujourd’hui en Allemagne ou en Europe.

Le traitement adéquat des biens de collection issus de contextes coloniaux constitue un champ d’action central en matière de politique culturelle, et une contribution essentielle à notre culture mémorielle postcoloniale commune. Ces biens de collection dans les institutions et organismes scientifiques détenteurs de biens culturels incluent des objets et des documents ethnologiques, naturalistes, historiques, artistiques et culturels. Ils comprennent également des restes humains.

Beaucoup d’institutions culturelles allemandes n’en sont pas à leurs débuts en termes de travail de mémoire sur les biens de collection issus de contextes coloniaux et peuvent s’appuyer sur les expériences acquises dans le cadre de projets déjà achevés ou encore en cours. Nous saluons le fait que les musées allemands se soient dotés de directives et de recommandations pour un traitement sensible des biens culturels ainsi que des restes humains. Celles-ci sont le « Code de déontologie des musées » du Conseil international des musées (ICOM) au niveau international, ainsi que les « Recommandations concernant le traitement des restes humains dans les musées et les collections » (Empfehlungen zum Umgang mit menschlichen Überresten in Museen und Sammlungen) et le « Guide pour le traitement des biens de collection issus de contextes coloniaux » (Leitfaden zum Umgang mit Sammlungsgut aus kolonialen Kontexten) de la Fédération des musées allemands au niveau national. Nous saluons la mise sur pied d’une nouvelle aide financière « Biens culturels issus de contextes coloniaux » au Deutsches Zentrum Kulturgutverluste (Centre allemand pour les biens culturels perdus), les planifications relatives à la mise en place d’une « Agence pour la coopération internationale des musées » au ministère fédéral des Affaires étrangères ainsi que les initiatives des Länder, des communes et de la Fédération concernant la numérisation de leurs collections et la créatéoneee plateformes en ligne.

Depuis son entrée en vigueur, les dispositions de la loi relative à la protection des biens culturels s’appliquent au commerce des biens de culturels issus de contextes coloniaux.

Nous nous accordons sur les champs d’action et les objectifs suivants. Ces derniers doivent encore être concrétisés de façon substantielle et seront développés et élaborés en une prise de position finale lors d’un autre processus de travail, en faisant appel à des experts nationaux et internationaux, en particulier la Fédération des musées allemands, le Conseil international des musées ICOM et les fondations culturelles de la Fédération et des Länder, et avec la participation des pays d’origine et des sociétés d’origine concernées.

Nous demandons à tous les organismes publiques responsables d’institutions et d’organisations, dont les fonds de collection comprennent des biens culturels issus de contextes coloniaux, mais aussi aux musées privés, aux collectionneurs et aux marchands d’art de participer activement, au sens des présents grands axes, à la mise en lumière de l’histoire de l’origine des biens de collection issus de contextes coloniaux, et de prendre les mesures respectives nécessaires pour y parvenir.

(…)

Restitution

7.) La volonté générale de restituer aux pays et aux sociétés d’origine les biens de collection issus de contextes coloniaux, en particulier les restes humains, est essentielle pour le dialogue partenarial que nous cherchons à instaurer et pour une entente sincère.

L’identification et la restitution des biens culturels issus de contextes coloniaux, dont l’acquisition s’est faite d’une manière qui n’est aujourd’hui plus défendable d’un point de vue légal et/ou éthique, constituent une obligation éthique et morale ainsi qu’un devoir politique important de notre époque. Les restes humains issus de contextes coloniaux doivent être restitués.

8.) Les demandes de restitution de biens de collection issus de contextes coloniaux doivent être traitées rapidement. En même temps, les institutions détentrices de biens culturels sont appelées à identifier de manière autonome et proactive les biens culturels pour lesquels une restitution entre en ligne de compte, même si aucune demande de restitution préalable n’a été formulée.

9.) En principe, les restitutions se feront uniquement en accord avec les pays d’origine et les sociétés d’origine concernées.

10.) En Allemagne, la majorité des institutions dont les fonds de collection incluent des biens issus de contextes coloniaux, sont sous la responsabilité et relèvent de la compétence des Länder et des communes.

Les conditions légales en vue d’une éventuelle restitution de biens de collection issus de contextes coloniaux dépendent des dispositions s’appliquant respectivement aux institutions – droit fédéral, droit des Länder et droit régissant les organisations –, en particulier des règlements financiers de la Fédération, des Länder et des communes. Conformément à ces dispositions, les restitutions sont en principe possibles. Si des changements s’imposent sur le plan juridique afin de permettre la restitution de biens de collection issus de contextes coloniaux, alors ces changements seront satisfaits. (…) »

 

Retrouvez le rapport complet ici: https://www.auswaertiges-amt.de/blob/2210154/02d9443ad3a46dfb5d6ddb12b249601d/190412-stm-m-sammlungsgut-kolonial-kontext-fr-data.pdf

 

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