En conversation avec Zoulikha Bouabdellah

« J’aime l’analogie entre le paradis et le processus de création de l’artiste. »

C& est partenaire médiatique de l'exposition “The Divine Comedy: Heaven, Hell, Purgatory revisited by Contemporary African Artists” au MMK, musée d'art modern. Conçue de façon à part entière avec l'événement, C& propose une série de conversations inédites avec les artistes participants.

Zoulikha Bouabdellah, Silence, 2008-2014, Installation: 24 prayer rugs, 24 pair of shoes 300 x 560 cm. Courtesy: the artist © Zoulikha Bouabdellah

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MMK/C&: Le point de départ de l’exposition est la «  Divine Comédie  » de Dante.  Dans quelle mesure avez-vous véritablement travaillé sur l’oeuvre de Dante pendant la préparation à l’exposition  ? 

Zoulikha Bouabdellah  : Bien qu’elle soit une œuvre emblématique de la culture occidentale, La Divine Comédie porte en elle des thématiques universelles  : les questionnements autour de la punition, de la mort, du corps et de son absence sont des obsessions partagées dans le monde entier.

MMK/C& : En fusionnant les croyances chrétiennes et les valeurs morales ainsi que les thèmes païens classiques, la «  Divine Comédie » représente un concept de société, des valeurs et une culture profondément enracinés dans l’eurocentrisme. L’exposition a pour objectif de démanteler la prérogative d’interprétation européenne et de la considérer sous un autre angle. Dans quelle mesure pensez-vous que cette approche puisse aboutir à une remise en question générale de la souveraineté de l’interprétation euro-centrique  ? 

ZB  : Il existe un courant intellectuel de plus en plus fort –  encouragé par des penseurs et artistes qui sont issus d’une autre zone que l’Occident  –, qui prône une approche décloisonnée du monde. Cette exposition en fait partie.

Je souscris entièrement à cette vision. Il est plus intéressant de connecter les civilisations entre elles et d’étudier leurs apports positifs.

MMK/C& : Dans l’histoire de l’art du Nord de l’Europe et de l’Amérique, la «  Divine Comédie  » a été interprétée par de nombreux artistes (tels que Botticelli, Delacroix, Blake, Rodin, Dalí ou Robert Rauschenberg) – dans quelle mesure cela a-t-il influencé la manière dont vous avez traité le sujet  ?  

ZB  : Je connais les auteurs cités –  et je suis convaincue que tout artiste se doit de les étudier  –, mais leur influence sur mon travail se fait de manière indirecte. La pièce Silence est une proposition qui, je l’espère, ajoutera à la compréhension de l’œuvre de Dante en apportant le point de vue d’une femme issue d’une double culture.

MMK/C& : Comment interviennent la religion et l’éthique dans votre pratique de l’art  ? Et par conséquent, que signifient les termes paradis/enfer/purgatoire à vos yeux ?  

ZB  : En soi, la religion ne m’intéresse pas  ; c’est ce qu’en font les hommes qui m’interroge. Silence évoque ainsi la manière dont les femmes peuvent prendre place dans l’espace sacré –  le tapis de prière  – tout en gardant un pied dans l’espace profane –  le trou, les chaussures à talons. C’est cette dualité complémentaire qui rappelle combien le paradis, l’enfer et le purgatoire sont des notions très proches et qu’il suffit de peu, parfois d’un rien, pour vous faire basculer d’une notion à l’autre.

MMK/C& : L’exposition compte plus de 50 oeuvres d’art réparties entre les zones du paradis, de l’enfer et du purgatoire. A quelle partie de l’au-delà votre œuvre  appartient-elle ? Comment cette répartition s’est-elle opérée  ? 

ZB  : Silence a été choisie pour intégrer la section du paradis. Dans l’œuvre de Dante, c’est l’aboutissement d’une quête, la fin du voyage de l’âme vers la lumière et la vie éternelle. J’aime l’analogie entre le paradis et le processus de création de l’artiste, où celui-ci apporte de la chaleur, donne de la lumière, insuffle du sens et, en quelque sorte, livre un morceau d’éternité.

MMK/C& : De quoi parlent les oeuvres exposées au MMK ?   

ZB  : Silence est une installation composée de tapis de prière dont la découpe circulaire offre une ouverture au sol sur lequel reposent des escarpins dorés. La religion musulmane imposant de se déchausser avant de prendre place sur le tapis, qui délimite ainsi le lieu sacré de la prière, j’ai choisi d’aménager en son sein un second espace, profane celui-ci, figuré par un trou. C’est cette absence, ce bout de tissu manquant qui permet d’articuler la place de la femme dans les deux espaces, sacré et profane.

Zoulikha Bouabdellah, Silence, 2008-2014, Installation: 24 prayer rugs, 24 pair of shoes 300 x 560 cm. Courtesy: the artist © Zoulikha Bouabdellah

Zoulikha Bouabdellah, Silence, 2008-2014, Installation: 24 prayer rugs, 24 pair of shoes
300 x 560 cm. Courtesy: the artist © Zoulikha Bouabdellah

L’exposition The Divine Comedy: Heaven, Hell, Purgatory revisited by Contemporary African Artists commissariée par Simon NjamiMMK / Museum für Moderne Kunst, 21 mars – 27 juillet 2014, à Francfort-sur-le-Main.

 

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